Une semaine à La Bascule Pontivy à la rencontre du « précieux facteur humain »

21 avril 2019, jour de notre arrivée, premiers contacts avec La Bascule.

Clairement  nous sommes déjà dans un site post collapse : froid, destroy, très moche. Il s’agit d’un ancien hôpital abandonné, syndrome du déménagement du territoire et de la folie de ces constructions des années 60, anti climat, béton et « modernité » qui m’agresse. Nappe de parking et carcasses de voitures pour comité d’anti accueil, j’ai envie de fuir !

Et pourtant étrangement deux poules nous font face et des seaux remplis de salade et de tomates sont nichés dans une serre posée face à du béton recouvert de paille. La vie timide semble vouloir repartir et nous découvrons à ce moment-là dans ce décor de Mad Max, ce qui se confirmera être finalement la cerise dans le gâteau de ce projet… ces RH comme Richesses Humaines.

Seymour, magnifique gavroche genre tintin aux yeux bleus persans, redoutable porteur du virus de la Bascule qui le transmet généreusement, est devant le bâtiment et nous accueille par un « on est heureux de votre présence et de faire votre connaissance ».

Wahoo choc par rapport à la 1ère vision du site !

La Bienveillance et le PFH (précieux facteur humain) nous sautent au cœur, vivacité de cœur, signe intérieur de richesse !

Il nous fait signer une décharge : nous ne sommes pas du « public »,  on est membre de la famille (l’association) et du coup on garde notre souveraineté et notre responsabilité sur ce qui peut nous arriver ici. Entre parenthèse,  ça évacue le parapluie pesant pour toute initiative de transition qui s’appelle du nom barbare de normes ERP (Établissement recevant du public).

Ensuite il nous présente les outils qui vont nous permettre de devenir autonomes pendant notre séjour. Beaucoup d’affichages et même si ce bâtiment reste un labyrinthe, c’est work in progess,l’organe « arts et sens » y bosse et avec quelles profondeur et finesse de Maël et Fred !

L’information est disponible et nous permettra par nous même d’aller creuser ce qui nous intéresse ou ce sur quoi nous voulons apporter.

 

Quelques autres portraits parmi tant d’autres de cette belle humanité en ébullition :

Nous croisons Ingrid, belle fougère arborescente avec un adorable accent mauricien. Puis-je vous aider ? Et nous voilà à monter nos matelas ensemble jusqu’à notre chambre puis nos bagages. L’entraide, l’autre loi de la jungle…

Au cours des jours suivants, c’est Léo, étudiant arrivé à la fin du calvaire du parcours pour être médecin qui a pourtant décidé séance tenante de changer de direction et de venir à la bascule pour inventer un nouveau vivre. Léo derrière ses lunettes rondes d’intellectuel, questionne et se questionne, s’excuse en exprimant la tension qu’il ressent de se confondre pendant sa présentation car il stress lorsqu’il intervient en public. Quand je lui ferai un retour admiratif postérieurement à son intervention, il me prendra par le bras, ému de mon retour.

Quelle belle expression de la force de sa vulnérabilité !

Et puis c’est Benou, portrait craché d’Albert Dupontel…, sensible et empreint de valeurs sociales, après un parcours varié dont des rencontres avec des migrants. Il est super réceptif à la gouvernance partagée mais aussi à la rencontre avec les mondes subtiles, qui sont mes centres d’intérêt favoris et nous ferons la pair pendant mon séjour. Ses émotions lors du voyage chamanique et ses multiples interrogations et partages qui suivent me touchent et m’émerveillent. La connexion au cœur et au plus grand que soi est palpable et ancre toute cette démarche dans une élévation de conscience évidente.

C’est aussi Frédéric, quadra ultra sensible, qui se forme à la communication non violente et qui laisse femme et enfants ponctuellement sur de longues semaines pour trouver son chemin, trouver sa mission de vie à la Bascule, encouragée par sa compagne qui a compris que « séparé c’est mieux vivre ensemble ».

Audrey pose par sa présence. Regard candide de poupée, qui lorsqu’elle s’exprime fait taire les conversations et séduit par sa clarté. Mais elle est aussi super sensible et me fait un hug quand nous nous revoyons après une petite absence d’une soirée, en me remerciant pour mes paroles de remerciement public quant à leur accueil et leur bienveillance incarnée. Elle ferait merveille au cinéma, ingénue glaciale dans la famille Adams.

Il y a aussi Gaëlle, discrète artiste centrée à la terre, qui vit depuis 5 ans en yourte et veut juste maintenant passer d’une yourte de 35 m2 à une de 50 m2 pour fonder une famille. Un bon moment partagé au sein du banya (sauna russe) en toute confiance et liberté des corps.

Avec Guillaume également, grand et magnifique gaillard habitué aux normes allemandes de la nudité et qui lui aussi a largué les amarres et est passé à un habitat mobile depuis quelques mois pour vivre sa liberté et se retrouver lui même. Sa venue à la bascule lui a paru plus qu’une continuité, comme une évidence et une synchronicité.

Ce banya itinérant nous est arrivé avec Bruno, comme un chariot de conquête de l’Ouest. Une séquence de plantation de patate partagée nous a permis une rencontre de cœur à cœur, partage de nos vies tourmentées respectives, mise à nu de nos épreuves en toute simplicité mais surtout de nos capacités de résilience et d’apprentissage sur nous mêmes. Avec une constante pour chacun de nous deux : l’amour comme énergie de vie régénératrice quand on s’y attendait le moins.

Et tant d’autres… comment ne pas parler de la magnifique et brune Mélissa, l’ange gardien facilitatrice de ce petit monde, esprit libre et rebelle, sans attache matérielle et au service des processus. Haute sur le processus de facilitation mais aussi très engagée sur les contenus, sans langue de bois, directe et transparente comme un beau lac du canada, sa seconde patrie.

Comment ne pas évoquer aussi Bastien le permaculteur, enfant cristal qui depuis petit ne comprend pas ce monde de brute dans lequel il a atterri. Il se campe sur sa bêche près de nous pendant le plantage des 2.5 kg de patate lors du « show patate »  pour, sans en avoir l’air, prendre soin de nous en nous obligeant à ralentir.

Ce champs dont les semences et les outils ont été offerts par des voisins pontivyens, est la promesse d’une récolte de 2 tonnes de pommes de terre capable de nourrir les corps, mais aussi aussi les cœurs et les esprits, car fruits de l’amour et du partage.

Tant d’autres rencontres encore à venir, promesses de découvertes de nouveaux parcours de vie, mélange des générations mais avec la force d’une jeunesse qui nous stimule et c’est un régal !

Comment oublier encore Elsa femme magnifique, indépendante et solaire. Julien aux yeux turquoises, caustique et tendre. Matthieu curieux passionné. Baptiste, heureux de revenir dans le groupe, florine discrète et obstinée… Et tant d’autres…

Ces individualités s’expriment au sein d’un collectif apportant chacune leurs richesses et leurs compétences.

Belle illustration de l’humanitude chère à Jacques Testard, qui explique que quand un groupe humain se met en route avec la joie et la bienveillance au cœur versus passion triste, il produit de la valeur au sens d’une force de vie comme présenté par Patrick Viveret venu partager ses recherches avec passion. L’humanitude c’est une élévation collective, l’intégration en soi de l’unité lorsque un groupe, conscient de l’importance de leur devoir, sans intérêt particulier à défendre, est capable de développer empathie et intelligence collective, au nom de l’intérêt général et coproduire des innovations citoyennes sous diverses formes.

 

Mais après ces cerises pulpeuses et généreuses dans le gâteau, il y a encore les cerises SUR le gâteau…

C’est la réhabilitation de ce lieu, abandonné, désaffecté en quelques semaines, en un lieu de vie fonctionnel pour cette communauté d’utopistes réalistes.

Points d’eau à chaque étage, toilettes sèches, douches solaires ou accueil des basculiens à la piscine d’à côté pour des douches hebdomadaires, camions d’Emmaüs remplis de meubles prêts à une seconde vie, panneaux photovoltaïques donnés par un partenaire, serres et champs de pommes de terre, dons de vivres par les commerçants du coin…

C’est encore des réunions incessantes, gouvernance horizontale et intelligence partagée comme méthodes centrales. Véritable ruche de têtes bien faites qui élaborent les stratégies pour nous emmener vers un monde meilleur, mais aussi des pitchs percutants lors d’apéros pitch ou des quarts d’heure « flash info ».

Sans négliger de mettre en place des organes spécifiques comme «  le chemin » dont le rôle est de prendre soin autant des individus que du collectif.

Une belle inspiration pour réaliser la bascule en local, à l’Euroasis ou ailleurs.

Telle une roue à cliquet, cette bascule est irréversible et ce futur, déjà au présent, est joyeux et fraternel.

Merci les basculiens, vous en êtes les exemples vivants, nous sommes des vôtres !

 

Sylvie Chasselay, relecture bienveillante de Philippe Kuhn

4 commentaires sur « Une semaine à La Bascule Pontivy à la rencontre du « précieux facteur humain » »

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