Bourgeonnements stratégiques et préservation de l’essentiel

L’ancienne polyclinique de Pontivy devient adepte des chantiers. Après celui, participatif, qui invitait il y a tout juste deux mois à faire résonner les bruits de masses et les glissements de balais dans une atmosphère humide, poussiéreuse mais joyeuse, puis le chantier de la gouvernance au début du mois d’avril, est venu celui de la définition collective d’une stratégie à horizon fin août.

Le QB (Quartier Bascule) de Pontivy, continuellement aménagé en meubles, salles de travail et décorations destinées à l’information des visiteurs, a vibré pendant deux semaines au rythme des rêves et des idées avancés par chacune des presque cinquante personnes « Temps Plein Pontivy ». Enrichies du regard extérieur de bénévoles de passage, les nombreuses discussions menées en plénière et en groupes restreints se sont appliquées à penser une première vision stratégique cohérente au service de la transition écologique, démocratique et sociale. Signes de ce foisonnement, les post-it et les feuilles feutrées, résultats des réflexions menées grâce aux méthodes « P6 » et au « Rêve du dragon », se sont multipliées sur les murs du bâtiment, tandis que l’on surprenait toujours dans les couloirs, jusqu’aux heures les plus tardives, des débats engagés et passionnés. A l’heure de la synthèse et du déploiement de cette stratégie en plusieurs projets, nous vient le sentiment que ces quinze derniers jours ont apporté un surplus qualitatif de sève à l’arbre que nous souhaitons faire grandir.

Face à l’urgence écologique, illustrée cette semaine par un énième rapport international sur l’effondrement du vivant, nous comprenons que le risque ne se situe pas dans la perpétuation d’un modèle agonisant, mais dans la construction collective d’alternatives pérennes. Ce que nous appelons trivialement « gouvernance partagée en intelligence collective » (en résumé, le fait de réfléchir et de décider ensemble), ce modèle d’organisation que La Bascule expérimente à son échelle, n’a d’autre but que de permettre à chacun de trouver sa place au service des projets de transition. Tout comme le nouveau rapport au travail vers lequel nous souhaitons tendre, l’appropriation de la gouvernance partagée est un apprentissage compliqué qui nous invite constamment à nous améliorer. C’est dans cette recherche d’une certaine harmonie, couplée à l’acceptation de nos divergences perçues comme un atout, que nous construisons pas à pas l'(imparfaite) épopée collective de La Bascule.

Nous sommes de plus en plus nombreux, en France et ailleurs, à ressentir sans naïveté cette nécessité du changement pour préserver l’essentiel. Les initiatives citoyennes redonnant la paroles aux communes, aux quartiers, et la priorité aux échanges locaux n’ont jamais été aussi nombreuses. Des collectifs se forment, agissent, en parallèle des associations pionnières qui perpétuent leur engagement et des entreprises qui commencent à réellement remettre en question certaines de leurs pratiques. En soutien de ces actions, qu’elle souhaite catalyser et démultiplier, La Bascule veut participer de ce besoin de « respirer » face à l’asphyxie du quotidien éprouvée par de trop nombreuses personnes. C’est le chemin que nous tentons d’emprunter, avec humilité mais ambition, à Pontivy ainsi qu’au sein des cellules locales qui commencent à se déployer avec une énergie folle.

Conscients que le pire peut arriver, nous pensons qu’il peut encore être évité et qu’il est temps de basculer, ensemble, du bon côté.

 

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